Le point de vue

Votre community manager vous fait balancer l'argent par la fenêtre.

Alexey Palkin 11 min de lecture

Ce n'est pas sa faute. Il fait souvent bien son travail, sérieusement, avec les moyens qu'on lui donne. Le problème est ailleurs, en amont, et personne ne lui en a parlé. Autant vous prévenir tout de suite : je ne vends pas cette prestation. Je n'ai donc rien à y gagner, et c'est précisément pour ça que je peux vous dire ce que j'observe.

En bref

  • Je ne vends pas cette prestation. C'est justement pour ça que je peux en parler librement.
  • Le community management est un canal d'acquisition parmi d'autres. Il s'arbitre, il ne se fait pas par défaut.
  • Les vues ne sont pas des personnes. Des millions de vues peuvent ne rien rapporter du tout.
  • Sans endroit où accueillir les gens, tout ce contenu part dans le vide.
  • Aucune stratégie n'est garantie. Il n'y a que des tests, et un post par semaine ne teste rien.
  • Contenu de portée ou contenu de vitrine : ce sont deux métiers différents. Décidez lequel vous faites.

Je vois passer beaucoup d'entreprises qui paient quelqu'un pour publier. Chaque semaine, des posts sortent, des stories tournent, le compte vit. Et au bout d'un an, quand on regarde ce que ça a rapporté, il n'y a rien. Pas peu. Rien.

Ce n'est pas parce que le community management ne marche pas. C'est parce qu'on l'a mis en premier alors qu'il vient en dernier.

Deux métiers, deux noms, deux factures

Commençons par le vocabulaire, parce que ce flou coûte cher.

Un community manager anime une communauté. Il répond aux commentaires, aux messages, il entretient le lien. C'est un métier de relation.

Un content manager conçoit et organise le contenu. Il décide de quoi on parle, sous quel angle, dans quel ordre. C'est un métier de stratégie et de production.

Ce ne sont pas les mêmes compétences, ni les mêmes tarifs. On n'appelle pas un plombier pour refaire l'électricité. Pourtant, on vend régulièrement l'un en laissant croire qu'on aura l'autre. Quand vous demandez un devis, sachez exactement lequel des deux vous payez.

Un canal parmi d'autres, pas une obligation

Voilà le point de départ de tout le reste : le contenu social est un canal d'acquisition. Rien de plus, rien de moins. Au même titre que la publicité, la recherche Google, le bouche-à-oreille ou votre fiche d'établissement.

Or un canal, ça s'arbitre. Imaginez une table de mixage : chaque canal est un curseur. Vous ne les poussez pas tous à fond en même temps, vous montez celui qui a le plus d'effet chez vous, maintenant, compte tenu de vos moyens. C'est exactement la question des priorités : ce n'est pas parce que tout le monde en fait que c'est votre prochain levier.

Avant de payer quelqu'un pour publier, posez-vous les vraies questions. Quelles sont vos forces ? Est-ce qu'on cherche déjà votre activité sur Google, et combien coûterait un clic sur vos mots-clés ? Avez-vous déjà testé une campagne, ne serait-ce qu'une fois, pour voir ? Si on vous cherche et que vous n'avez rien mis en place là-dessus, vous laissez une porte ouverte pendant que vous en construisez une autre à mains nues.

Parce qu'il faut le dire : le contenu social est le canal le plus aléatoire de tous. Une campagne de recherche, c'est de la demande qui existe déjà, mesurable, pilotable. Une publication, c'est un pari. Ça peut marcher, ça peut ne jamais rien donner. Les deux sont légitimes. Mais on ne les met pas dans le même ordre.

Le community management arrive presque toujours en dernier dans une stratégie saine. Pas parce qu'il est inutile. Parce que tout le reste est plus prévisible.

Et je précise, parce que rien n'est absolu : j'ai des clients qui font des dizaines de milliers d'euros grâce aux réseaux, sans le moindre community manager. Deux ou trois stories, des réponses aux commentaires, et c'est tout. Tout dépend de votre activité, de votre organisation, et de qui travaille avec vous.

Les vues ne sont pas des gens

Il faut régler cette confusion, parce qu'elle fausse toutes les décisions qui suivent.

Je vois des comptes annoncer fièrement « on a fait trois millions de vues ». Non. Vous avez fait trois millions d'impressions. Ce n'est pas du tout la même chose. La même personne qui revoit votre vidéo trois fois compte trois fois. Le chiffre qui compte, c'est le nombre de comptes réellement touchés, et il est toujours très en dessous.

J'ai un cas client en tête. Un compte, quelques publications, des millions de vues au compteur. Un vrai succès sur le papier. Résultat commercial : zéro. Quelques abonnés de plus, et rien d'autre. Pas un devis, pas un client.

Ce n'est pas une anomalie, c'est la règle quand il manque tout le reste. Les réseaux sont des plateformes de divertissement : on peut y faire beaucoup de bruit sans jamais déclencher un achat. Les chiffres qui flattent ne sont pas les chiffres qui payent.

Crier sur les Champs-Élysées

Voilà l'image qui résume tout. Vous pouvez descendre sur les Champs-Élysées et crier « coucou, je suis là ». Tout le monde peut le faire. Vous serez vu par des milliers de gens.

Et ensuite ? Qu'est-ce que vous proposez, exactement ? Où est-ce qu'on signe ? Où est votre boutique ? Si vous n'avez pas de réponse, tout ce bruit ne sert à rien.

C'est exactement ce qui se passe avec du contenu sans destination. Vous remplissez une passoire : l'attention entre et s'écoule aussitôt. Il vous faut un endroit où accueillir les gens, leur expliquer, les convaincre. Le site est le seul support vraiment universel : le réseau attire, le site accueille. L'alternative, c'est un humain qui prend le relais, un commercial, vous-même au téléphone. Ça fonctionne très bien aussi. Mais il faut que quelque chose existe.

Et pas n'importe quoi. Je vois des entreprises payer du contenu tous les mois alors que leur site n'est pas lisible sur un téléphone, met huit secondes à s'ouvrir, et ne dit nulle part quoi faire. Vous envoyez des gens vers une porte fermée. À minima, il faut une porte d'entrée claire, et une page qui répond au message qui a fait cliquer.

Sans ça, soyons honnêtes sur ce que vous êtes en train de faire : vous divertissez des gens. C'est le métier d'un créateur de contenu, et c'est un vrai métier. Mais si vous avez une entreprise, ce n'est pas le vôtre.

Personne ne vient pour vos produits

L'autre erreur, la plus répandue, c'est d'ignorer le contexte de la plateforme.

Les gens ouvrent ces applications pour se divertir. Pas pour consulter votre catalogue. Alors quand un compte d'entreprise ne publie que « voici notre produit », « voici notre dernière réalisation », « voici notre équipe », il ne se passe rien. Peu de vues, peu de portée, aucune découverte. Le contenu est correct, il est juste hors sujet pour l'endroit où il est publié.

Pour toucher de nouvelles personnes, il faut jongler. Divertir d'abord, amener votre sujet ensuite. C'est un exercice difficile, et c'est justement là qu'un bon professionnel a de la valeur. Ce n'est pas dans le fait d'appuyer sur « publier ».

C'est aussi pour ça que le réflexe de l'apprenti est un piège. On prend une main-d'œuvre peu chère pour produire des posts, sans lui donner ni vision ni objectif. On demande à quelqu'un d'exécuter une stratégie que personne n'a écrite. Le résultat n'est pas seulement inutile : un compte mal alimenté peut aussi vous desservir.

Personne ne peut vous vendre LA stratégie

Si quelqu'un vous propose « la » stratégie qui fonctionne, c'est un signal d'alarme immédiat. Personne ne peut garantir un résultat sur les réseaux. Ni moi, ni personne.

Le seul moyen de savoir, ce sont les tests. Vous essayez un angle, vous mesurez, vous gardez ce qui marche, vous jetez le reste. Ce qui a fonctionné pour votre concurrent peut ne rien donner chez vous, et l'inverse est vrai aussi.

Or tester demande du volume. C'est là que le modèle vendu partout devient absurde. Un post par semaine ne teste rien. Quatre publications par mois, ça ne vous apprend rien, ça ne donne aucune matière à l'algorithme, et ça ne vous permet aucune décision. Vous payez un abonnement pour occuper le terrain.

C'est exactement le même raisonnement qu'en publicité. Quand on me dit « je vais mettre cent euros sur Google Ads pour tester », je réponds que ça ne testera rien. Avec vingt ou trente visiteurs, vous n'avez aucune donnée exploitable, juste une facture. Un test a besoin d'un minimum de matière pour dire quelque chose, et il a besoin d'une mesure en place pour être lu.

Donc soit vous y allez vraiment, avec du rythme et du volume, soit vous ne faites pas de la portée. Et ça nous amène au point le plus utile de cet article.

Portée ou vitrine : choisissez

Il existe deux types de contenu, et les confondre explique l'essentiel des déceptions.

Le contenu de portée. Son but est d'aller chercher des gens qui ne vous connaissent pas. Il exige du rythme, des tests, une compréhension fine de la plateforme, et beaucoup d'échecs avant de trouver. C'est un travail à part entière, exigeant, et qui ne se fait pas à raison d'une publication par semaine.

Le contenu de vitrine. Son but est de montrer qui vous êtes à ceux qui vous trouvent déjà. Une vidéo de présentation, des photos de vos réalisations, votre équipe, vos locaux. C'est utile, ça rassure, ça donne de la matière à votre page. Il en faut.

Mais ne demandez pas au second de faire le travail du premier. Une vidéo de présentation ne vous fera pas découvrir. Si elle fonctionne au-delà de vos abonnés, c'est du hasard, pas une stratégie. Et construire un plan d'acquisition sur du hasard, ce n'est pas un plan.

Faire de la vitrine en croyant faire de l'acquisition, c'est la façon la plus courante de dépenser un an de budget sans rien obtenir.

Ce qui doit venir avant

Alors reprenons le titre. Votre community manager ne vous fait pas perdre d'argent parce qu'il travaille mal. Il vous en fait perdre parce qu'on lui a demandé de remplir un canal sans que rien n'ait été décidé en amont.

Avant de publier quoi que ce soit, il faut savoir où atterrissent les gens, ce qu'on attend d'eux, ce qu'on mesure, et pourquoi ce canal-là plutôt qu'un autre. Ce n'est pas de la théorie : sans ces réponses, chaque publication est un coup dans le vide, et personne ne s'en rend compte avant un an.

Ce n'est pas une critique des gens qui font ce métier. Beaucoup sont bons. Le problème, c'est qu'on leur confie une exécution en attendant d'eux une vision qu'on ne leur a jamais donnée, et souvent qu'on ne leur a jamais payée.

Si vous hésitez sur l'ordre à suivre dans votre cas, écrivez-moi. Je ne vends pas de community management, donc je n'ai aucun intérêt à vous en vendre ou à vous en dissuader. On regarde juste où en est votre situation, et je vous dis par quoi je commencerais, sans langue de bois.

Questions fréquentes

Faut-il un community manager pour son entreprise ?

Ça dépend entièrement de votre situation, et souvent la réponse est non, pas tout de suite. C'est un canal d'acquisition parmi d'autres, qui s'arbitre comme les autres. J'ai des clients qui font des dizaines de milliers d'euros grâce aux réseaux sans aucun community manager : deux ou trois stories, des réponses aux commentaires, et c'est tout.

Quelle différence entre community manager et content manager ?

Un community manager anime la communauté : il répond aux commentaires et aux messages. Un content manager conçoit et organise le contenu. Ce sont deux métiers différents, avec deux compétences et deux tarifs différents. On n'appelle pas un plombier un électricien.

Combien de publications par semaine faut-il pour que ça marche ?

Si votre objectif est la portée, il faut du volume : une publication par jour, cinq par semaine minimum. Un post hebdomadaire ne teste rien et n'apprend rien. Si votre objectif est juste d'avoir une vitrine vivante, le rythme importe beaucoup moins.

Pourquoi mes publications ne me rapportent aucun client ?

Trois causes reviennent tout le temps. Vous n'avez nulle part où envoyer les gens, vous ne parlez que de vos produits alors que les gens viennent se divertir, ou vous confondez portée et vitrine. Les vues ne sont pas le problème : c'est ce qui se passe après qui ne fonctionne pas.

Les vues correspondent-elles au nombre de personnes touchées ?

Non, et c'est une confusion coûteuse. Les vues sont des impressions : la même personne qui revoit trois fois votre vidéo compte trois fois. Le chiffre qui compte, c'est le nombre de comptes réellement touchés, et il est toujours bien plus bas.

Peut-on faire du community management sans site web ?

Vous pouvez, mais vous captez de l'attention sans avoir où l'accueillir. Le site est le seul support universel, ouvrable par n'importe qui. Sans lui, ou sans quelqu'un qui prend le relais commercialement, vous faites du divertissement, pas du business.

Faut-il confier ses réseaux sociaux à un apprenti ?

C'est la solution la moins chère et souvent la moins rentable. Le problème n'est pas la personne, c'est qu'on lui demande d'exécuter sans lui donner la vision. Sans cadre, sans objectif mesurable, sans destination, le travail produit ne sert à rien.

Existe-t-il une stratégie de contenu qui marche à coup sûr ?

Non, et quiconque vous vend « la » stratégie à appliquer est un signal d'alarme. Personne ne peut garantir un résultat sur les réseaux. Il n'y a que des tests, des mesures et des ajustements. Ce qui a marché pour un concurrent peut ne rien donner chez vous.

Un post par semaine, est-ce suffisant pour tester les réseaux ?

Non. C'est le forfait le plus vendu et le moins utile si vous cherchez de la portée. Avec quatre publications par mois, vous n'avez aucune matière pour apprendre quoi que ce soit. C'est comme tester Google Ads avec cent euros : vous n'obtenez pas de données, juste une facture.

Faut-il parler uniquement de ses produits sur les réseaux sociaux ?

C'est l'erreur la plus fréquente. Les gens sont sur ces plateformes pour se divertir, pas pour lire votre catalogue. Si vous ne publiez que « voilà notre produit, voilà notre réalisation », vous ne toucherez presque personne. Il faut jongler entre divertir et vendre.

Quelle est la différence entre contenu de portée et contenu de vitrine ?

Le contenu de portée sert à aller chercher de nouvelles personnes : il demande du volume et des tests. Le contenu de vitrine sert à présenter votre activité à ceux qui vous trouvent déjà : il est utile, mais n'espérez pas qu'il vous fasse découvrir. Les deux sont valables, à condition de savoir lequel vous faites.

Par quoi commencer avant d'investir dans du contenu ?

Par la destination et par les canaux plus prévisibles. Un site qui accueille correctement, une porte d'entrée claire, une mesure en place, et un test sur la recherche si on vous cherche déjà sur Google. Le contenu social vient souvent après, parce que c'est le levier le plus aléatoire.

Alexey Palkin

Écrit par

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Fondateur de Point Final · Freelance depuis 10 ans

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