Le point de vue

Un encart papier : hérésie ou idée du siècle.

Alexey Palkin 6 min de lecture

Un commercial vous propose une pleine page dans le magazine local. Beau papier, quinze mille exemplaires, distribué dans toutes les boîtes aux lettres. Ça fait sérieux, ça se touche. Mais avant de signer, cette question en cache une plus grande, la seule qui compte vraiment en marketing : par quoi on commence ?

En bref

  • La dernière fois que vous avez acheté chez un commerçant après avoir vu son encart dans un magazine gratuit : jamais. Vos clients non plus.
  • Payer de l'attention pour l'envoyer vers un site qui ne fonctionne pas, c'est remplir une passoire.
  • On ne pose pas les fenêtres avant d'avoir coulé les fondations. En marketing aussi, il y a un ordre.
  • Le marketing, ce n'est pas tout faire. C'est arbitrer : quelle action, dans quel ordre, selon votre activité.
  • Le papier n'est pas inutile. C'est une question de priorité et de moment, presque jamais le premier.

On ne va pas tourner autour du pot. Acheter un encart publicitaire dans un magazine papier : hérésie ou idée du siècle ? La réponse tient dans une question que le commercial, lui, ne vous posera jamais.

Vous, un magazine, un achat : jamais

Répondez honnêtement. La dernière fois que vous avez ouvert un magazine gratuit, vu un encart, et décidé d'aller acheter chez ce commerçant : c'était quand ? Jamais. Moi non plus. Et vous espérez que vos clients, eux, le feront ?

C'est le même raisonnement pour les pages jaunes. Vous les avez ouvertes une fois cette année ? Non. Personne. Un support que plus personne ne consulte ne devient pas efficace parce qu'un commercial est convaincant.

Et autant l'assumer tout de suite : je prêche pour ma paroisse. Je construis des sites, donc quand je vous dis « mettez cet argent ailleurs », j'y ai un intérêt. Jugez l'argument, pas celui qui le tient. Le voici.

On ne pose pas les fenêtres avant les fondations

Imaginez que ça marche. L'encart est réussi, il attire l'œil, quelqu'un s'intéresse et cherche votre entreprise. Il tombe sur un site qui ne fonctionne pas : lent, illisible sur téléphone, sans rien qui lui dise quoi faire. Vous venez de payer pour envoyer des gens dans une passoire.

On ne pose pas les fenêtres d'une maison avant d'avoir coulé les fondations. En marketing, c'est pareil : il y a un ordre. On consolide d'abord la base, l'endroit où vous accueillez les gens, avant d'acheter de l'attention pour les y envoyer.

Prenez l'exemple que je donne tout le temps. Quelqu'un poste des vidéos sur Instagram ou TikTok, et je vous le souhaite : un million de vues. Mettons que dix mille personnes, intriguées, aillent voir votre profil et cherchent votre site. Dix mille personnes chaudes, intéressées. Où atterrissent-elles ? Nulle part. Vous avez capté l'attention de tout un public et vous n'en faites rien, faute d'un endroit pour l'accueillir. L'attention sans destination ne se transforme en rien.

Le marketing, c'est arbitrer

C'est là qu'on touche au vrai sujet. Le marketing, ce n'est pas empiler les actions. C'est choisir. Vous ne pouvez pas tout faire en même temps : poster des vidéos, acheter des encarts, écrire des articles, lancer des pubs. Il faut trancher. Quelle est, aujourd'hui, l'action qui vous rapporte le plus, et par quoi on commence ?

C'est exactement le rôle d'un chef d'entreprise. Il ne s'achète pas une machine à café pour faire plaisir à l'équipe quand la priorité, c'est la machine qui produit. Il arbitre, en permanence, entre ce qui est agréable et ce qui est utile. Une vision marketing, c'est ça : piloter, pas exécuter au hasard.

Parce qu'exécuter, tout le monde sait faire. Tout le monde peut booster un post, lancer une pub, se faire un site. Ce qui est rare, ce n'est pas l'action, c'est le jugement : savoir laquelle fait avancer, et dans quel ordre. Une bonne stratégie mal placée dans le temps, c'est de l'argent perdu.

Alors, le papier ?

Revenons à l'encart. Est-ce que je vous dis de ne jamais en acheter ? Non. C'est un levier parmi d'autres, et il a son moment. Si vous êtes une grosse structure, avec des bases déjà solides et du budget à répartir, allez-y : le papier garde des usages, pour la notoriété, pour ancrer une marque déjà installée.

Mais si vous êtes une entreprise locale dont le site est une passoire, la question n'est pas « est-ce que le papier marche ». C'est « est-ce que c'est ma priorité, maintenant ». Et la réponse est presque toujours non.

Ce n'est pas vendre un peigne à un chauve : l'encart n'est pas inutile en soi. C'est une question de moment. Il y a un ordre, et le papier vient après la base, pas avant. Le commercial du magazine ne vous le dira jamais, et c'est normal : il vend son produit, comme vous vendez le vôtre. Ce n'est pas malhonnête, c'est son métier. À vous de savoir où vous en êtes.

Consolidez la maison d'abord. Les fenêtres, la déco, les encarts viendront quand il y aura des murs pour les tenir.

Questions fréquentes

Est-ce qu'un encart publicitaire dans un magazine papier est efficace en 2026 ?

Ça dépend surtout de votre situation, pas du support en lui-même. Le papier n'est pas mort, mais pour une entreprise locale dont la base n'est pas solide, ce n'est presque jamais la bonne priorité. La vraie question n'est pas de savoir si ça marche, mais si c'est votre priorité maintenant.

Faut-il faire un site internet avant d'acheter de la publicité ?

Oui, dans l'immense majorité des cas. Payer de l'attention pour l'envoyer vers un site qui ne fonctionne pas, c'est remplir une passoire. Je consolide toujours la base, l'endroit où vous accueillez les gens, avant d'acheter de l'attention pour les y envoyer.

Est-ce que la publicité dans les pages jaunes vaut encore le coup ?

Franchement, non. Demandez-vous quand vous avez ouvert les pages jaunes pour la dernière fois cette année. La réponse est jamais, comme pour tout le monde. Un support que plus personne ne consulte ne devient pas efficace parce qu'un commercial est convaincant.

Comment savoir sur quelle action marketing investir en priorité ?

Posez-vous une seule question : quelle action, aujourd'hui, vous rapporte le plus, et par quoi commencer ? Le marketing, ce n'est pas empiler les actions, c'est arbitrer. Vous ne pouvez pas tout faire en même temps, donc il faut trancher selon votre activité et le moment.

Pourquoi mon million de vues sur les réseaux ne rapporte rien ?

Parce que l'attention capté n'a nulle part où atterrir. Si dix mille personnes intéressées cherchent votre site et tombent sur rien ou sur une page qui ne fonctionne pas, vous n'en faites rien. L'attention sans destination ne se transforme en rien.

Le commercial du magazine me dit que son encart va me ramener des clients, est-ce vrai ?

Il vend son produit, c'est son métier et ce n'est pas malhonnête. Mais il ne vous dira jamais si c'est votre priorité du moment, parce que ce n'est pas son rôle. À vous de savoir où vous en êtes avant de signer.

Qu'est-ce que ça veut dire, poser les fenêtres avant les fondations en marketing ?

C'est une image pour dire qu'il y a un ordre à respecter. On ne pose pas les fenêtres d'une maison avant d'avoir coulé les fondations. En marketing c'est pareil : on consolide d'abord la base, votre site, avant de dépenser pour attirer du monde dessus.

Une entreprise locale devrait-elle dépenser son budget en publicité papier ?

Rarement en premier. Si votre site est une passoire, chaque euro mis dans le papier envoie des gens dans un endroit qui ne convertit pas. Commencez par la base, le papier viendra après, quand il y aura des murs pour tenir les fenêtres.

Dans quels cas la publicité papier a-t-elle encore du sens ?

Quand vous êtes une grosse structure, avec des bases déjà solides et du budget à répartir. Le papier garde des usages pour la notoriété et pour ancrer une marque déjà installée. C'est un levier parmi d'autres, et il a son moment, presque jamais le premier.

Pourquoi une agence me déconseille-t-elle la pub papier alors qu'elle vend des sites ?

Autant l'assumer : je prêche pour ma paroisse, je construis des sites, donc j'ai un intérêt à vous dire de mettre l'argent ailleurs. Jugez l'argument, pas celui qui le tient. Et l'argument tient : sans base solide, l'encart envoie des gens dans le vide.

Quelle est la différence entre exécuter et piloter son marketing ?

Exécuter, tout le monde sait faire : booster un post, lancer une pub, se faire un site. Ce qui est rare, c'est le jugement, savoir quelle action fait avancer et dans quel ordre. Une bonne stratégie mal placée dans le temps, c'est de l'argent perdu.

Comment arbitrer entre ce qui est agréable et ce qui est utile en marketing ?

C'est le rôle d'un chef d'entreprise. On n'achète pas une machine à café pour faire plaisir à l'équipe quand la priorité, c'est la machine qui produit. On arbitre en permanence entre l'agréable et l'utile. Une vision marketing, c'est piloter, pas exécuter au hasard.

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