Le point de vue
Personne ne fera l'effort.
Vos clients ne pousseront pas votre porte pour voir ce que vous faites. Ils n'appelleront pas, ils ne se déplaceront pas « pour voir ». Croire le contraire, c'est la chose la plus égoïste qu'on puisse faire en tant que commerçant. Je vais vous raconter deux histoires vraies.
En bref
- Une pizzeria livrait gratuitement sur simple appel. Les gens commandaient quand même via Uber Eats, frais compris. Parce que c'était plus simple.
- Aujourd'hui, personne ne fait d'effort. Si c'est compliqué, on ne le fait pas, et on va voir ailleurs.
- Croire que vos clients pousseront votre porte pour découvrir vos produits, c'est de l'égocentrisme : personne n'a le temps.
- Se digitaliser n'est pas une question de mode. C'est enlever la friction entre vos produits et les gens qui les veulent.
- Et ce n'est plus une question de budget : une vitrine digitale coûte souvent moins qu'un pack de flyers.
Sommaire
- 01La pizzeria qui livrait gratuitement
- 02Les gens vont là où c'est simple
- 03On ne pousse plus la porte pour regarder
- 04Croire qu'ils feront l'effort, c'est égoïste
- 05L'épicerie qui attend depuis un an
- 06Ce qu'Uber Eats a compris avant vous
- 07Et non, ce n'est pas une question d'argent
- 08Ce que ça veut dire pour vous
Il y a quelques jours, en promenant mon chien, je tombe sur un homme avec qui la conversation démarre. Il tenait une pizzeria, une vraie, reconnue dans sa ville, pas un camion sur un parking. Il vient de la revendre. Et comme souvent quand les gens apprennent ce que je fais, on finit par parler de digital, de plateformes, de livraison. Ce qu'il m'a raconté ne m'a pas surpris une seconde, et pourtant c'est toute la réalité du commerce d'aujourd'hui.
La pizzeria qui livrait gratuitement
Son établissement proposait la livraison. Gratuitement. Il suffisait d'appeler, de commander, et on était livré sans le moindre frais. Pas de commission, pas de frais de service, pas de supplément. Le prix de la pizza, point final.
Et pourtant, une grande partie de ses clients continuait de commander via Uber Eats. Les mêmes pizzas, le même restaurant, mais avec des frais de livraison, des frais de service, une commission prélevée au passage. Ils payaient plus cher pour exactement le même produit, alors que la solution gratuite existait et qu'ils la connaissaient.
Pourquoi ? La réponse tient en un mot, et c'est le sujet de tout cet article : parce que c'était plus simple. Sur la plateforme, on ouvre l'application, on voit la carte en photos, on ajoute au panier, on paie, on suit la livraison. Appeler, c'est décrocher son téléphone, tomber peut-être sur une ligne occupée, épeler son adresse, répéter sa commande, ne pas savoir combien de temps ça prendra. Plus cher mais fluide a gagné contre gratuit mais pénible.
Les gens ont préféré payer des frais plutôt que de passer un coup de fil. Ce n'est pas de la paresse. C'est la règle du jeu, maintenant.
Les gens vont là où c'est simple
Ne cherchez pas de coupable, il n'y en a pas, et surtout ne jugez pas ces clients. Nous sommes tous exactement pareils. Moi le premier.
Il m'arrive de commander sur Amazon un objet à deux euros, un stylo, un truc que je trouverais dans n'importe quelle boutique à cinq minutes de chez moi. Pas parce que je suis fainéant, mais parce qu'en trois clics c'est réglé et que je passe à autre chose. Le magasin d'à côté a perdu une vente non pas sur le prix, non pas sur la qualité, mais sur les cinq minutes de marche et l'incertitude de savoir s'il l'a en stock.
C'est ça, la vérité inconfortable : à qualité et prix comparables, les gens choisissent toujours le chemin le plus court. La friction est devenue le vrai concurrent. Pas le voisin, pas le prix : l'effort. Chaque étape en plus, chaque seconde d'hésitation, chaque « comment on fait déjà ? » vous coûte des clients que vous ne verrez jamais partir, parce qu'ils ne seront simplement jamais venus.
On ne pousse plus la porte pour regarder
Il faut accepter une chose, même si elle dérange : le temps où les gens flânaient devant les vitrines est fini. On ne se promène plus en centre-ville en regardant les devantures, en entrant « juste pour voir », en découvrant une boutique par hasard. Ça existe encore, un peu, mais ce n'est plus le comportement dominant, et vous ne pouvez pas bâtir un commerce dessus.
Aujourd'hui, on pousse la porte d'un commerce pour une seule raison : récupérer ou acheter quelque chose qu'on a déjà décidé d'acheter. La découverte, elle, ne se fait plus sur le trottoir. Elle se fait sur un écran, tranquillement, le soir, dans le canapé. C'est là que les gens regardent ce que vous faites, comparent, hésitent, se décident. S'il n'y a rien à regarder, ils regardent quelqu'un d'autre.
Et pour une bonne partie de vos futurs clients, ce premier regard sur un écran est la condition d'entrée. Pas un supplément d'âme, pas un bonus : la condition. S'ils ne peuvent pas voir votre carte, vos produits, vos horaires, vos prix avant de se déplacer, beaucoup ne se déplaceront pas du tout.
Croire qu'ils feront l'effort, c'est égoïste
Je vais être un peu dur, mais c'est important. Penser que les gens vont faire l'effort de venir jusqu'à vous pour découvrir ce que vous proposez, c'est profondément égocentrique.
Ça revient à se dire : mes produits sont tellement bien que les gens trouveront le temps, se déplaceront, pousseront la porte, demanderont. Mais les gens n'ont pas ce temps. Ils ont une vie chargée, exactement comme vous, exactement comme moi. Ils ne vont pas organiser leur journée autour de la découverte de votre boutique. Ils ont des enfants à récupérer, un travail, une charge mentale pleine à craquer. Votre commerce, aussi bon soit-il, n'est pas au centre de leur monde. Il est au centre du vôtre, et c'est normal, mais il ne faut pas confondre les deux.
Le pire, c'est que ça se ressent. Un commerce qui ne fait aucun effort pour faciliter la vie de ses clients envoie un message, même sans le vouloir : « à vous de vous adapter à moi ». Et les gens le sentent. Ils ne le formulent pas, ils ne vous en veulent même pas, ils vont simplement là où on leur a rendu les choses faciles. Faciliter le parcours de vos clients, ce n'est pas de la technique. C'est une forme de respect.
La question n'est pas « est-ce que mes produits sont assez bons pour qu'on se déplace ». C'est « est-ce que je rends assez simple le fait de venir à moi ».
L'épicerie qui attend depuis un an
Deuxième histoire, aussi vraie que la première. Il y a environ un an, une épicerie italienne me contacte pour un devis. Un petit site vitrine, le genre de projet qui se chiffre entre sept cents et mille euros. Je réponds, je donne mes tarifs, et puis la vie fait son travail : ça ne se concrétise pas.
Un an plus tard, en échangeant avec un membre de la famille qui gère la boutique, j'apprends qu'ils n'ont toujours pas de site. Toujours rien. Et là, la vraie question n'est pas le prix du site. C'est : combien leur a coûté cette année sans rien ?
Parce que moi, par exemple, j'ai entendu parler de cette épicerie. Mais je ne sais pas ce qu'ils vendent exactement, je ne connais pas leurs produits, je ne connais pas leurs prix. Et je ne suis jamais entré, tout simplement parce que ma vie est bien remplie, comme celle de tout le monde. J'aurais peut-être été un client. Je ne le serai pas, faute d'avoir pu jeter un œil depuis mon téléphone. Multipliez mon cas par tous les gens qui, comme moi, ont vaguement entendu parler d'eux sans jamais franchir le pas.
Le site à mille euros paraît cher au moment de signer. Mais douze mois de clients qui ne sont jamais venus parce qu'ils ne pouvaient pas vous découvrir, ça, personne ne le met sur un devis. C'est le coût invisible, celui qu'on ne ressent jamais parce qu'on ne voit pas ce qu'on n'a pas eu. C'est pourtant de loin le plus élevé.
Ce qu'Uber Eats a compris avant vous
Un mot sur les plateformes, parce que le sujet n'est pas noir ou blanc et qu'il mériterait un article à lui seul. Uber Eats, Deliveroo et les autres apportent une vraie valeur : une logistique de livraison que vous ne pouvez pas monter seul, une visibilité, un flux de commandes. Je ne suis pas là pour les diaboliser.
Mais il faut voir ce qu'ils ont compris, et que la grande majorité des commerces refuse encore de regarder en face : ils ont travaillé l'expérience. Voir la carte en photos, choisir tranquillement, ajouter, payer, suivre. Ils ont enlevé toute la friction, une étape après l'autre. C'est exactement ça, leur produit. Pas la pizza : la simplicité.
Et voilà le vrai problème. En refusant de proposer eux-mêmes une expérience simple, les restaurants n'ont pas évité le digital : ils l'ont sous-traité. Ils sont devenus dépendants de plateformes qui prélèvent une commission sur chaque commande, qui possèdent la relation avec le client, qui connaissent ses habitudes à leur place. Le client croit commander « chez vous », mais il commande en réalité chez Uber Eats, qui se trouve vendre vos pizzas. Cette dépendance, personne ne l'a choisie. Elle s'est installée dans le vide laissé par les commerces qui n'ont pas voulu s'occuper de l'expérience de leurs propres clients.
Avoir votre propre interface ne veut pas dire quitter les plateformes du jour au lendemain. Ça veut dire cesser d'en dépendre à cent pour cent. Reprendre une porte d'entrée directe vers vos clients, où c'est vous qui fixez les règles.
Et non, ce n'est pas une question d'argent
« Oui, mais ça coûte cher. » C'est la dernière défense, et elle ne tient plus.
Se doter d'une vitrine digitale, d'une interface où l'on voit vos produits, vos tarifs, vos offres, où l'on peut réserver ou commander, n'a plus rien à voir avec les budgets d'il y a dix ans. Je vois régulièrement des commerces dépenser, sans sourciller, l'équivalent d'une vitrine digitale complète dans un pack de flyers qui finiront à la poubelle, dans des cartes de visite par milliers, dans des supports imprimés qui ne rapportent rien de mesurable. Le même montant, mis dans un outil qui travaille pour vous vingt-quatre heures sur vingt-quatre, change la donne.
Et attention, je ne dis pas qu'il faut absolument le paiement en ligne. Ce n'est pas obligatoire. Vos clients peuvent très bien commander en ligne et payer sur place, à vous de décider. Le cœur du sujet n'est pas d'encaisser sur Internet, c'est de montrer et de simplifier : donner à voir ce que vous faites, et rendre le passage à l'action évident. Le reste est une option.
Ce que ça veut dire pour vous
Si vous tenez un restaurant, une boucherie, une boulangerie, une pâtisserie, une épicerie, ce n'est pas un article sur la mode ou la modernité. Se digitaliser, ce n'est pas pour « faire comme tout le monde », pour être tendance, pour être sympa. C'est pour une raison unique et très concrète : enlever la friction entre vos produits et les gens qui les voudraient.
Concrètement, le minimum vital ressemble à ça :
- On voit vos produits. Votre carte, vos spécialités, vos prix, en photos, depuis un téléphone, sans appeler personne.
- On sait quoi faire, tout de suite. Réserver, commander, venir chercher, se faire livrer : le prochain pas doit être évident.
- C'est plus simple que d'aller ailleurs. Si commander chez vous demande plus d'efforts que d'ouvrir une application, vous avez déjà perdu.
Et à ceux qui pensent « je m'en fiche, j'ai déjà mes clients » : c'est justement l'erreur. Vos clients actuels sont ce que vous avez de plus précieux. Ils vous aiment déjà, ils aiment vos produits. Si vous leur offrez une expérience encore plus fluide, ils commanderont plus souvent, plus facilement, et ils découvriront des produits dont ils ignoraient même l'existence chez vous. On ne digitalise pas pour aller chercher des inconnus. On le fait d'abord pour ne pas fatiguer ceux qui vous aiment déjà.
Le monde a changé de rythme. Vos produits n'ont peut-être pas changé, et tant mieux, c'est votre force. Mais la façon dont les gens décident d'aller vers vous, elle, a complètement changé. Vous ne pouvez plus attendre qu'ils fassent l'effort. C'est à vous de le supprimer.
Questions fréquentes
Pourquoi mes clients commandent sur Uber Eats alors que je livre gratuitement ?
Parce que la plateforme est plus simple. On ouvre l'application, on voit la carte en photos, on paie, on suit la livraison. Appeler, c'est décrocher, tomber sur une ligne occupée, épeler son adresse, répéter sa commande. Les gens préfèrent payer des frais plutôt que de fournir cet effort : plus cher mais fluide gagne contre gratuit mais pénible.
Est-ce qu'un commerce de proximité a vraiment besoin d'un site web ?
Oui, et pas pour faire moderne. Aujourd'hui la découverte ne se fait plus sur le trottoir mais sur un écran, le soir, dans le canapé. Si vos clients ne peuvent pas voir votre carte, vos produits, vos horaires et vos prix avant de se déplacer, beaucoup ne se déplaceront pas du tout.
Combien coûte un site vitrine pour un restaurant ou un commerce ?
Un petit site vitrine se chiffre souvent entre sept cents et mille euros. Ça paraît cher au moment de signer, mais c'est un outil qui travaille pour vous vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Comparez ça à un pack de flyers qui finit à la poubelle : le même montant, mais l'un rapporte et l'autre non.
Se digitaliser, est-ce juste un effet de mode ?
Non. Se digitaliser n'a rien à voir avec la mode ou la modernité. C'est enlever la friction entre vos produits et les gens qui les voudraient. La seule raison est concrète : si commander chez vous demande plus d'efforts que d'ouvrir une application, vous perdez des clients.
Pourquoi les gens n'entrent plus dans les boutiques pour regarder ?
Parce que le temps de la flânerie devant les vitrines est fini. On pousse la porte d'un commerce pour récupérer ou acheter quelque chose qu'on a déjà décidé d'acheter. La découverte, elle, se fait sur un écran. S'il n'y a rien à regarder en ligne, les gens regardent quelqu'un d'autre.
Comment réduire la friction entre mes produits et mes clients ?
Rendez tout visible et évident depuis un téléphone. On doit voir vos produits, vos prix et vos horaires sans appeler personne, et savoir tout de suite quoi faire : réserver, commander, venir chercher. Chaque étape en plus, chaque hésitation, vous coûte un client. La règle : que ce soit plus simple chez vous qu'ailleurs.
Faut-il obligatoirement le paiement en ligne sur un site de commerce ?
Non, ce n'est pas obligatoire. Vos clients peuvent très bien commander en ligne et payer sur place, c'est vous qui décidez. Le cœur du sujet n'est pas d'encaisser sur Internet, c'est de montrer ce que vous faites et de rendre le passage à l'action évident.
Uber Eats et Deliveroo, bon ou mauvais pour mon restaurant ?
Ce n'est pas noir ou blanc. Ces plateformes apportent une vraie valeur : une logistique de livraison que vous ne pouvez pas monter seul, de la visibilité, un flux de commandes. Le problème, c'est qu'elles prélèvent une commission sur chaque commande et possèdent la relation avec vos clients à votre place.
Comment arrêter de dépendre des plateformes de livraison ?
Avoir votre propre interface ne veut pas dire quitter les plateformes du jour au lendemain. Ça veut dire cesser d'en dépendre à cent pour cent. Vous reprenez une porte d'entrée directe vers vos clients, où c'est vous qui fixez les règles, tout en gardant les plateformes comme un canal parmi d'autres.
J'ai déjà mes clients fidèles, pourquoi me digitaliser ?
C'est justement l'erreur. Vos clients actuels sont ce que vous avez de plus précieux, et une expérience plus fluide les fait commander plus souvent et plus facilement. Ils découvriront même des produits dont ils ignoraient l'existence chez vous. On ne digitalise pas d'abord pour les inconnus, mais pour ne pas fatiguer ceux qui vous aiment déjà.
Qu'est-ce que le coût invisible d'un commerce sans site web ?
C'est tout le chiffre d'affaires que vous ne voyez jamais partir. Les clients qui ont vaguement entendu parler de vous, qui n'ont pas pu jeter un œil depuis leur téléphone, et qui ne sont donc jamais venus. Personne ne met ça sur un devis, mais c'est de loin le coût le plus élevé, parce qu'on ne ressent pas ce qu'on n'a pas eu.
Un site vitrine ou un pack de flyers : quel est le meilleur investissement ?
La vitrine digitale, sans hésiter. Je vois régulièrement des commerces dépenser l'équivalent d'un site complet dans des flyers et des cartes de visite par milliers, qui ne rapportent rien de mesurable. Le même montant, mis dans un outil visible en permanence, change la donne.
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